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HISTOIRE LINGUISTIQUE


Parler patois, écrire en français, tel a été pour longtemps l'usage …


La langue des Salasses

Nous ne savons pas avec certitude quelle langue pratiquaient les Salasses et leurs prédécesseurs. Comme il s'agissait de langues orales, aucune phrase complète ne nous est parvenue. Il y a cependant, dans le patois moderne des Valdôtains, un certain nombre de mots qui étaient déjà utilisés avant l'arrivée des Romains : les linguistes appellent ces mots, d'une façon générique, prélatins ou pré-romans. Parmi ces mots, qui de la nuit des temps sont parvenus jusqu'à nous, quelques-uns sont d'origine celtique, comme modze (génisse), barma (abri naturel sous un rocher), blètsì (traire une vache). D'autres, comme brènva (mélèze), doille (pin sylvestre) et bèrio (grand rocher ou grosse pierre), sont probablement antérieurs à la celtisation . Il ne faut pas oublier que ces mots sont arrivés jusqu'à nous à travers le latin : ils indiquent, en général, des choses ou des concepts typiques de l'endroit où ils étaient employés et qui, le plus souvent, n'avaient pas un correspondant latin. Une autre source importante de noms prélatins est la toponymie, voici quelques exemples : le radical dor (eau courante) d'où dérive le nom de la Doire ; Bard (sommet) ; Ussel (hauteur).

La romanisation

L'an 25 avant Jésus-Christ représente une date importante pour l'histoire de la Vallée d'Aoste : les Romains, après avoir soumis les Salasses, fondèrent Augusta Prætoria (Aoste). Tout d'abord la nouvelle colonie fut peuplée par des prétoriens ( Prætoria signifie : de la garde prétorienne, donc une colonie créée pour les soldats incorporés dans la garde prétorienne ; des fonctionnaires, des percepteurs d'impôts, des commerçants etc.). Ces trois catégories de personnes - militaires, fonctionnaires et commerçants - ont donc répandu le latin : ils l'ont d'abord parlé tout naturellement entre eux et ensuite ils ont obligé les gens du lieu à s'en servir quand ils s'adressaient à eux; ils pouvaient le faire, car ils administraient le pouvoir. Peu à peu la population autochtone devint, par nécessité, bilingue, puis petit à petit la langue " du pays " commença à reculer, jusqu'à disparaître. On ne sait pas exactement quand on cessa définitivement d'employer la langue ancienne ; cependant il ne faut pas penser que ce fut un processus rapide. La latinisation, en plus, ne procéda pas d'une façon homogène sur tout le territoire : vraisemblablement, dans les vallées les plus reculées on continua encore longtemps à parler la langue des Salasses. Il est sensé d'associer la disparition définitive de cette langue à l'abandon de la religion druidique. Christianisation et latinisation ont en effet constitué un formidable binôme dont le premier élément, la christianisation, représenta le véhicule privilégié de diffusion du deuxième ; elles ont dû triompher en même temps, entre le Ve et le VIe siècle.

La formation des langues romanes

Quand l'empire romain d'Occident s'effondra, parallèlement à l'unité politique, l'unité linguistique se désagrégea elle aussi. Le latin littéraire ayant cessé d'exercer son action de modèle, les parlers locaux commencèrent à évoluer en toute liberté et toujours plus rapidement. Sous la double influence des anciens substrats linguistiques locaux et des nouveaux codes introduits par les grandes migrations de peuples, germaniques ou non, des nouveaux " groupes " ou " familles" linguistiques commencèrent à se consolider sur tout le territoire des anciens domaines romains. C'est dans ce contexte que se situe la deuxième date importante de notre histoire linguistique : 575 de notre ère. A cette époque les Francs avaient déjà solidement assis leur royaume sur les Gaules tandis que les Lombards étaient, encore pour un bon moment, les seigneurs de l'Italie du Nord. Les Francs ont trouvé ce voisin belliqueux et ils ont décidé de mettre fin à cette situation d'incertitude et d'instabilité. Dans une confrontation directe ils ont vaincu les Lombards et leur ont imposé une paix. On ne soupçonnait certainement pas à l'époque quels auraient été les prolongements et les conséquences de cette bataille et de la paix de 575. Les vainqueurs, installés en Gaule, se sont réservé la possession des cols et ont fixé la limite là où la Vallée débouche sur la plaine du Pô, à Pont-Saint-Martin. A partir de cette date le latin qu'on parlait en Vallée d'Aoste participe à l'évolution des parlers des Gaules et non plus à celle de l'Italie du Nord. " Il en résulte que nous avons aujourd'hui, à cette même limite de Pont-Saint-Martin, le départ de deux formes de langues qui s'étendent d'une part de Pont St. Martin à Paris, d'autre part de Pont-Saint-Martin à Florence sans notables différences. C'est là que se situe sur la carte linguistique la grande limite entre le français et l'italien " . A partir du VIe siècle, et jusqu'au XIXe, l'évolution culturelle-linguistique de la Vallée d'Aoste sera donc orientée vers Lyon, Vienne (arrondissement de l'Isère) et Paris, et non plus vers l'ancien archevêché de Milan.

La famille des parlers gallo-romans : le francoprovençal (patois) Zoom
Le groupe linguistique auquel la Vallée d'Aoste désormais appartient est appelé gallo-roman.Ce groupe est tout d'abord composé par deux grandes régions : celle de la langue d'oïl, comprenant grosso modo la France du Centre et du Nord, l'actuelle Suisse romande et la Vallée d'Aoste, et celle de la langue d'oc, recouvrant le Midi de la France et quelques vallées de l'arc alpin piémontais.
A un moment donné, vers le VIIe VIIIe siècle, à cause de la désorganisation du Royaume mérovingien, les rapports avec Paris se font moins serrés et la partie sud-occidentale du domaine d'oïl, qui gravitait autour de l'axe Lyon - Genève, cesse d'accepter les nouvelles innovations linguistiques provenant du Nord. Vient ainsi se créer la troisième région linguistique de la famille gallo-romane : celle du francoprovençal. C'est le fondateur de la dialectologie italienne, G.I. Ascoli qui, à la fin du XIXe siècle, découvrit l'originalité de ce groupe de parlers. " La définition de francoprovençal s'explique, d'après Ascoli, par le fait que cette langue possède des caractères qui sont communs au français et d'autres qui sont communs au provençal, tout en manifestant son individualité et son indépendance par rapport à la langue d'oïl et à la langue d'oc " . Tout ce domaine refuse donc les innovations et reste à la phase d'évolution que le français (langue d'oïl) était en train de dépasser. Gaston Tuaillon a défini cette langue du proto-français, c'est-à-dire du français très ancien qui à refusé un certain nombre d'innovations qui ont rayonné de Paris. Depuis lors cette aire connaît une évolution à elle, une évolution constante, sans interruption, puisant un peu par ci et un peu par là, mais où le francoprovençal reste toujours identifiable comme une unité. Le domaine du francoprovençal (appelé chez nous patois ou patouè) comprend actuellement la Suisse romande, à l'exception du Jura bernois, la Savoie, le Lyonnais, le Dauphiné septentrional, une partie de la Franche-Comté, le Bugey, la partie méridionale de la Bresse, la Vallée d'Aoste et quelques vallées de l'arc alpin piémontais (Orco, Valle Soana, Lanzo, Cenischia, Sangone et la basse et moyenne vallée de Suse).

Le français en Vallée d'Aoste

Que le patois soit présent en Vallée d'Aoste c'est une évidence, puisqu'il représente la continuation normale du latin implanté jadis à Augusta Prætoria, et son évolution naturelle jusque vers les patois actuels. Mais si le patois à été depuis toujours le parler roman dans sa forme locale, d'où vient le français de la Vallée d'Aoste ? Il faut tout d'abord souligner que le français lui aussi est un patois, le patois de la région de Paris et de ses alentours, qui, non pas à cause de sa supériorité linguistique mais pour des raisons institutionnelles et politiques, est devenu une langue qui a réussi. Il faut encore souligner que pour tout le Moyen Age et jusqu'au moins au début du XXe siècle dans toute les régions européennes il n'y avait pas une seule langue mais deux : l'une parlée et l'autre écrite. La langue écrite était la langue de culture, la langue employée par l'administration et pour les rapports vers l'extérieur, rapports qui ne pouvaient pas être réglés en recourant à une langue si géographiquement variable que la langue parlée. A cause de son prestige la langue écrite fut aussi adoptée comme langue parlée par les classes sociales les plus cultivées. Or, dans tout le domaine du gallo-roman, c'est le français qui, petit à petit, remplaça le latin comme langue " de culture ". A partir environ de 1200 on voit s'étendre l'habitude d'écrire en français, d'abord en irradiant du centre, (c'est-à-dire du Nord de la France) vers la Lorraine, la Franche-Comté, la Suisse romande, la Savoie et la Vallée d'Aoste. Vers 1300 le Duc de Savoie avait déjà pris l'habitude, lui aussi, d'écrire à ses pairs, c'est à dire à des puissants personnages de Normandie, de Suisse etc., en français. Déjà entre le XIVe et le XVe siècle au duché de Savoie on commence à utiliser le français aussi pour les rapports internes : le Duc correspond en français avec les Challand et les Vallaise, c'est-à-dire avec les seigneurs de la Vallée d'Aoste. A partir du XVe siècle les nobles valdôtains correspondaient régulièrement entre eux en français.
Saverio Favre, Histoire linguistique de la Vallée d'Aoste, tiré de " Espace temps culture en Vallée d'Aoste ", Aoste 1996
Ernest Schüle, Bulletin du Centre d'Etudes Francoprovençales " René Willien ", Saint-Nicolas n°22 année 1990
Saverio Favre, Histoire linguistique de la Vallée d'Aoste, tiré de " Espace temps culture en Vallée d'Aoste ", Aoste 1996
 
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