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HOMMES CELEBRES: Antoine-Philibert Bailly
Biographie
Antoine-Philibert Bailly
5 mars 1605 – 3 avril 1691

Évêque du diocèse d'Aoste dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, Antoine-Philibert Bailly est connu des Valdôtains surtout pour avoir, le premier, introduit officiellement le concept de l’intramontanisme du peuple valdôtain. Il le fit par la fameuse lettre adressée au pape Alexandre VII, en 1661. A l’époque le pontife, afin de soutenir financièrement l'engagement militaire de l'empereur contre les Turcs, avait imposé à chaque paroisse de l’église italienne le paiement d’une taxe de six dîmes. Dans son mémoire, connu sous le nom de l'État Intramontain, Antoine-Philibert Bailly plaide en faveur de la cause du clergé valdôtain qui, à cause de son appartenance à l'Église de France, s'estimait exonéré de cette taxe. Le diocèse d'Aoste, en effet, était suffragant de la métropole de Tarentaise, province religieuse de la Savoie, qui jouissait des privilèges gallicans ; une sujétion canonique qui favorisa leur pénétration et leur implantation en Vallée d’Aoste. Même en soulignant cette appartenance, Mgr Bailly maintient cependant une position d’équidistance entre la France et l’Italie, affirmant
…ad probationem dicitur ducatum istum non esse citra neque ultra montes sed intra montes et hoc manifeste loci natura suadet et convinci. Neque vero montibus ac nomine dumtaxat Augustenses a Cisalpinis seu Cismontanis distinguuntur, sed et lingua, moribus ac institutis. Lingua siquidem utuntur galica aut sabaudica….
[…l’on affirme en soutien que ce Duché (d’Aoste) n’est ni en deçà, ni au-delà des monts, mais dans les monts, persuasion et conviction reposant sur la nature même des lieux. Et en vérité non seulement à cause des montagnes et du nom les Valdôtains se distinguent des Cisalpins ou Cismontains, mais aussi par la langue, les coutumes et les traditions. En effet la langue dont ils se servent est la langue française ou savoisienne….]
Il ne faut en outre pas sous-estimer le fait que, si Bailly défendit un gallicanisme de nature pratique et disciplinaire, il repoussa par contre tout principe dogmatique qui heurtât et niât la doctrine catholique. L’État Intramontain prend en effet une valence essentiellement politique, en ce qui concerne la défense du particularisme valdôtain par rapport à la curie de Rome et au centralisme des États de Savoie. Dans une lettre adressée à la duchesse Marie-Christine de France, Mgr Bailly avoua: « je n'ai jamais rien signé avec plus de joie que les privilèges de mes chers Val d’Aoustains''. Mais l'intérêt historique de Mgr Bailly au sein du panorama politique et religieux du XVIIe siècle valdôtain et d’outre alpes va au-delà de la pensée autonomiste qui se manifeste dans l’État Intramontain.
Né à Grésy-sur-Aix, bourgade du diocèse de Genève, le 5 mars 1605, issu d’une famille de la petite noblesse, Antoine-Philibert Bailly reçut probablement les premiers rudiments de son éducation dans son village natal et poursuivit ses études au collège jésuite de Chambéry jusqu’en 1624, année dans laquelle se transféra au Piémont, pour suivre des cours en droit. L’année suivante, pendant la guerre que la Savoie menait contre la République génoise, Bailly se retrouva à la suite des ducs de Savoie en qualité de secrétaire, employé à recevoir et rédiger les capitulations envoyées en France. A Cherasco, où la cour se retira suite à l’épidémie de peste qui sévissait le pays, il fit connaissance personnelle de Marie-Christine de France (appelée Madame Royale), épouse de Victor-Amédée Ier , dont il devint le confident, confesseur et précieux conseiller. Antoine-Philibert Bailly quitta le Piémont en 1632 pour commencer son noviciat au collège barnabite de Thonon, en entreprenant ainsi une carrière religieuse prometteuse soutenue en toute circonstance par Madame Royale. Il prononça ses vœux en octobre 1633. Afin de poursuivre ses études théologiques, il fut envoyé au séminaire de Lescar, ville française du Béarn où, depuis 1621 les clercs réguliers de Saint-Paul étaient chargés par Louis XII de former un clergé en mesure d’enrayer la propagation du calvinisme qui avait implanté un réseau capillaire dans cette région. En fait, les capacités d’orateur que possédait Bailly et son oeuvre Disputaciones de Traditionibus Apostolicis contra haereticos, publiée à Pau en 1643, semblent avoir favorisé de nombreuses conversions. Ordonné prêtre en 1635, à partir de 1647, année où il fut nommé père supérieur du couvent de Saint-Eloi, il s’établit à Paris. Éminent témoin des événements qui rythmèrent l’histoire de la cour française dans les années centrales du siècle, comme la diffusion du Jansénisme et de la Fronde, Bailly devint pour les ducs de Savoie un important agent secret. Le long séjour effectué dans la capitale française lui permit, en outre, d’entrer en contact avec les cercles culturels de la cité et de nouer des amitiés avec les des personnages illustres tels que Claude Favre de Vaugelas et Vincent Voiture qui eurent une influence féconde sur sa production poétique, passion qu’il cultivait depuis sa prime jeunesse. Entre temps, la popularité du futur évêque d’Aoste qui, en 1653, obtint la plus haute charge de visiteur général de la congrégation, augmentait à tel point qu’il eut la permission de prêcher en présence du roi Soleil. Candidat au siège épiscopal d’Aoste, en printemps 1658 notre barnabite dut quitter Paris avec un profond regret pour se rendre à Rome et se soumettre à l’examen des autorités ecclésiastiques. Son séjour dans la ville éternelle débuta par le très mauvais accueil que lui réserva la cour pontificale et se poursuivit dans un climat de profonde hostilité face à sa nomination épiscopale. Ce fut pour lui l’occasion de connaître un milieu qu’il découvrit corrompu par les intrigues politiques, l’hypocrisie et le népotisme. Pour distraire ses pensées des « insupportables longueurs romaines », il s’engagea directement dans les tractations matrimoniales de la cour de Savoie, occupée à chercher un consort à la princesse Marguerite et une épouse à l’héritier au trône, Charles-Emmanuel II. Consacré évêque le 9 mars 1659 dans la cathédrale de Turin, Mgr Bailly fut accueilli par le clergé et par les fidèles d’Aoste le 19, mais son premier contact avec la réalité valdôtaine fut plutôt décevant. Dans ses lettres adressées à la duchesse, il soulignait l’extrême pauvreté du peuple valdôtain (« pauvre peuple qui est effectivement pauvre ») et son total isolement : « il n’y a point de plaisir d’estre dans un lieu où l’on n’a jamais ouj parler de courriers ny de postes ». Ce n’est pas pour autant que Mgr Bailly s’abstint de guider avec amour et enthousiasme des ouailles. Les trente années et quelques de son épiscopat furent dédiées à une action pastorale active visant essentiellement trois objectifs : discipliner le clergé, réglementer la vie religieuse locale et convertir les laïcs. En effet, au cours de ses visites pastorales, il rencontra dans le diocèse une série de « désordres » (voire la présence de curés concubins, habitués des tavernes, amateurs de jeux de hasard et ne portant pas l’habit religieux) attribués à l’excessif laxisme de l’évêque Vercellin et à la longue vacance à laquelle fut soumis le diocèse avant son arrivée. Outre les interventions disciplinaires destinées à corriger fermement la conduite morale du clergé valdôtain, Mgr Bailly s’astreignit à donner une formation culturelle à ses prêtres. Sa tentative d’instituer un séminaire diocésain échoua à cause de la pauvreté de la mense épiscopale. Ainsi il organisa périodiquement des cours de théologie dogmatique et morale, rédigea régulièrement des lettres pastorales et recueils de sermons. Pour discipliner le peuple et les fidèles, il s’efforça de faire abolir certains rites traditionnels entachés de résidus païens, réglementa les processions, le déroulement des sépultures et des messes post-mortem. A côté de cette attentive vigilance sur les pratiques locales de dévotion Mgr Bailly développa une oeuvre de catéchisation scrupuleuse en publiant un Catéchisme, action rendue nécessaire par la présence dans le diocèse de familles reformées et par la menace continuelle de l’introduction des idées calvinistes issues des fréquents échanges commerciaux que les valdôtains entretenaient avec leurs proches voisins, les Suisses. Son engagement sur le front pastoral ne l’empêcha pas de participer à la vie politique locale en devenant membre de l’Assemblée des États et du Conseil des Commis. Les ducs de Savoie se servirent plus d’une fois de l’excellente réputation dont il jouissait parmi les Valdôtains afin qu’il convainque le « peuple » à approuver des donatifs en faveur de la cour. Mgr Bailly fut invité, en outre, par le Duc à rédiger un exposé afin de soutenir les argumentations qui justifiaient le droit pour l’évêque d’assumer la charge de premier membre du Conseil des Commis et de convoquer les assemblées extraordinaires. L’évêque d’Aoste, enfin, titulaire de la dignité de comte de Cogne, exerçait sur cette vallée son autorité temporelle, jouissant de quelques privilèges, parmi lesquels le droit de chasse et de propriété sur les mines de fer présentes sur le territoire, qui étaient un motif de conflit avec la communauté locale. Il est nécessaire, en conclusion, de souligner l’importance que revêtait l’évêque Bailly dans le panorama culturel de son temps. Orateur illustre, prédicateur influant de la Contre-réforme et poète, il s’efforça de renforcer l’usage du français en tant que langue civile et religieuse en Vallée d’Aoste. Son Discours sur les avantages de l’union de la langue italienne avec la langue française, prononcé à l’occasion de l’ouverture de l’Académie Royale de Turin, en 1678, est l’expression la plus significative de la forte position sociale et culturelle que Mgr Bailly avait réussi à s’octroyer au sein du Duché. Mgr Bailly s’éteignit à Aoste, le 3 avril 1691.

   
 
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