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HOMMES CELEBRES: Joseph-Auguste Duc
Biographie
Joseph Auguste Duc
18 février 1835 – 13 décembre 1922

Joseph Auguste Duc, d’après la définition lapidaire et lucide de Mgr A.P. Frutaz « a été l’évêque d’Aoste le plus éminent du XIXe siècle et l’un des prélats les plus qualifiés de l’épiscopat cisalpin. Cette imposante figure d’évêque occupa pendant trente-cinq ans la chaire de Saint-Grat, de 1872 à 1907. Mgr Duc n’était pas seulement un pasteur zélé mais aussi, comme le rappelle encore Frutaz, un historien local de haut niveau. Il naquit à Châtillon le 18 février 1835, d’une famille de commerçants aisés ; il fit une brillante carrière ecclésiastique : il n’avait que trente-sept ans lorsqu’il succéda à Mgr Jans, comme chef de l’Église valdôtaine. Retiré de la scène ecclésiastique, il mourut à Aoste, après cinquante années d’épiscopat, le 13 décembre 1922. Sa riche bibliographie comporte une soixantaine d’études dont la plus importante est la monumentale Histoire de l’Église d’Aoste en dix volumes (1901 – 1915). Il lut, en outre, à l’Académie de Saint-Anselme, dont il fut président de 1878 à 1908, 103 mémoires. Mgr Duc fut également membre actif de la « Regia Deputazione di Storia Patria ». Le domaine dans lequel il excella fut celui de l’histoire religieuse valdôtaine. Mgr Duc doit être considéré comme le disciple principal du très cultivé prieur de Saint-Ours, Jean Antoine Gal (1795 – 1867), fondateur, en 1855, de l’Académie de Saint-Anselme. L’un de ses mérites, et non le moindre, fut celui d’inciter son clergé à l’étude de l’histoire locale. Une foule d’historiens postérieurs, tels que N. A. Marguerettaz, P.E. Duc, S.B. Vuillermin, S. Vesan, D. Noussan, en font preuve. En ce qui concerne son activité intellectuelle, il convient de distinguer tout de suite deux aspects différents, bien que complémentaires, de sa personnalité : celui de l’éditeur de sources, qui le rapproche de Gal, et celui de l’historien à proprement parler. Les considérables résultats de ses recherches en paléographie et histoire diplomatique se concrétisèrent principalement dans l’édition de deux manuscrits, d’intérêt capital pour l’historiographie locale : le Cartulaire de l’évêché d’Aoste (1884), manuscrit sur parchemin de la seconde moitié du XIIIe siècle et le Livre des cens de l’évêché d’Aoste (1897), remontant à 1305, qui revêt une importance capitale pour l’étude de l’histoire économique du Moyen Age. En tant qu’historien, il préférait s’adonner à l’étude des grands personnages épiscopaux valdôtains et à l’hagiographie. Il faut rappeler à ce propos les essais relatifs aux bienheureux Vuillerme de Morgex, Éméric Ier de Quart et Boniface Ier . Il faut ajouter à cela les monographies consacrées à Saint Joconde, Saint Grat et Saint Anselme ainsi que la fondamentale étude critique A quelle date est mort Saint Bernard de Menthon ?(1893). Mais ce qui retint notamment l’attention de l’historien, ce furent surtout les grandes personnalités qui, au cours des siècles, dominèrent la scène de l’Église d’Aoste. En 1885-1886 paraissaient les deux volumes des Esquisses historiques des évêques d’Aoste des XIIe et XIIIe siècles qui laissaient présager une oeuvre de plus grande envergure : l’Histoire de l’Église d’Aoste. Au même moment, Mgr Duc abordait une impressionnante série de courtes dissertations sur les divers aspects de l’érudition sacrée et laïque. Cette masse considérable de matériel fut organisée, arrangée et re-élaborée par l’auteur dans son Histoire de l’Église d’Aoste qui, avec l’Historique de De Tillier, représente le témoignage le plus considérable de l’historiographie de la Vallée. L’Histoire a représenté, presque jusqu’à nos jours, le texte de référence pour les historiens valdôtains. L’abbé Henry s’en est inspiré dans sa méritoire Histoire populaire de la Vallée d’Aoste (1929), qui constitue une synthèse intelligente de l’œuvre de Mgr Duc et a rendu de si nombreux services à tous les Valdôtains. L’auteur, comme plus tard l’abbé Henry, a défini et presque canonisé l’état des connaissances historiographiques de son temps, ancrées - malgré les indubitables progrès de nature métodologiques de l’école de Gal - à une perspective de type encore traditionnel. C’est pour cela que les données publiées par Mgr Duc ont été partiellement soumises, à partir des années Soixante, à une critique qui en a mis en évidence certaines limites communes à la « vieille école » historiographique à laquelle Duc appartenait. A.P. Frutaz écrit à ce sujet : « Surtout pour la période ancienne, Mgr Duc n’a pas soumis à une critique assez sérieuse les traditions populaires et les sources littéraires et monumentales dont il disposait. Pour la période postérieure au XIe siècle, c’est-à-dire quand il commence à se servir des documents d’archives, son exposé prend une allure plus critique et plus sûre ». Il ne faut donc pas s’étonner si le premier volume de l’Histoire, où l’auteur rassemble les traditions et les événements purement légendaires inhérents à l’implantation du Christianisme et à l’affirmation de l’Église locale depuis les origines jusqu’au XIe siècle, est, du point de vue critique, le « point faible » de l’œuvre grandiose de l’historien. Ce concept étant clarifié, nous pouvons tranquillement affirmer que Mgr Duc, en tant qu’historien - aussi bien par le volume du travai accompli que par le serieux de la documentation recueillie -, n’a pas jusqu’à ce jour connu d’égal. Comme pour De Tillier, son œuvre (à l’exception de ce qui a été dit à propos du premier volume de l’Histoire) est fondée, en effet, sur une documentation très étendue et presque inédite, qu’il eut le grand mérite de faire connaître pour la première fois aux savants et aux Valdôtains. Un mérite, le sien, qui n’as pas de pareil ; on peut alors se demander ce qu’il aurait été de l’histoire de la Vallée d’Aoste si l’œuvre de Duc n’était pas providentiellement apparue sur la scène culturelle valdôtaine. Sur certaines problèmes de fond de l’histoire valdôtaine, Mgr Duc a demontré une tendance opposée à celle de De Tillier. Dans les célèbres notes de la seconde édition de l’Historique de la Vallée d’Aoste (1888), sous le sigle N.N., l’auteur a rectifié certains points douteux de l’ œuvre de l’historien du XVIIIe siècle : entre autres, la prétendue « dédition libre et volontaire » de la Vallée d’Aoste à la maison de Savoie en 1191, qui constitue un peu le pivot de l’analyse de De Tillier. Ces notes sont rédigées généralement avec un sens critique remarquable. Tout en polémisant, l’auteur se maintient constamment sur le terrain solide de l’objectivité historique. Moins hereuse fut la récusation des thèses du gallican De Tillier, surtout en ce qui concerne les questions épineuses relatives à la discipline et à la jurisdiction ecclésiastique. Des études récentes ont justifié amplement l’interprétation donnée par l’historien du XVIIIe siècle. Ecrivain de type classique au style sobre et concis, Duc se révéla être un personnage de tout premier plan dans le contexte littéraire. Il était un polémiste ferme et résolu. Toute son oeuvre est marquée par un ton de grande austérité ; elle n’est pas exempte d’un évident conservatorisme politique et religieux ainsi que d’une considérable tendance apologétique. L’homme était brillant, d’un caractère fort, parfois autoritaire. En tant qu’évêque, il s’est distingué, notamment, par la publication de 250 lettres pastorales - qui constituent un authentique corpus de la doctrine catholique sous le profil dogmatique, moral et ascétique -, ainsi que par ses nombreuses réalisations matérielles (Collège Saint-Anselme, Maison Saint-Louis ...). Il aima intensément la Vallée d’Aoste, ses coutumes, sa langue ; il éleva à la Vallée d’Aoste - ceci dit sans aucun sous-entendu rhétorique – un monument ære perennius.

   
 
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