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HOMMES CELEBRES: Pierre Léonard Roncas
Biographie

Pierre-Léonard Roncas
Aoste, XVIe - XVIIe siècles

Pierre-Léonard Roncas fut l’un des personnages les plus importants non seulement de la Vallée d’Aoste mais de tout le Duché de Savoie entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècles. Son éloge funèbre rapporté dans le Nobiliaire de De Tillier le rappelle comme baron de Châtel-Argent, seigneur de Sarre, Corléans et Bonavalle, ainsi que conseiller de quatre ducs de Savoie. Les vicissitudes de l’existence de Pierre-Léonard Roncas se situent au centre de la vie politique, religieuse et sociale des Etats de Savoie. Prototype de la noblesse de robe qui s’affirmait dans la société valdôtaine comme dans toute l’Europe de l’époque, il se signala en tant que diplomate expert au service de la Savoie, premier secrétaire d’Etat du belliqueux Charles-Emmanuel Ier, ainsi que pion important sur l’échiquier de la Contre-réforme en Vallée d’Aoste. Il traversa le firmament de la classe dirigeante valdôtaine en suscitant envie et stupéfaction par un succès conquis rapidement et tout aussi vite perdu. Fils d’un haut fonctionnaire du Conseil des Commis, le médecin Pierre Roncassi (l’apocope de la dernière syllabe se doit à Pierre-Léonard lui-même), le futur premier secrétaire d’Etat descendait d’une famille de l’Entremont valaisan qui s’était installée à Aoste au début du XVIe siècle. En 1504 son arrière-grand-père Claude d’Antoine Roncassi, boucher, avait amorcé une ascension économique et sociale sans précédents pour notre région. Ses deux fils, Laurent et Grat, développèrent l’activité paternelle en participant aux adjudications publiques de la ville et son petit-fils Pierre, fils de Laurent, suivit les études supérieures, devint médecin et occupa entre 1557 et 1581 la charge d’officier sanitaire du Duché d’Aoste. Il destina ses propres fils Pierre-Léonard et Pierre-Gaspard, l’un au service de la Chancellerie savoyarde, l’autre à la carrière ecclésiastique. Pierre-Gaspard obtint l’abbaye de Notre-Dame d’Entremont et, aux environs de 1610, la prestigieuse commende sur le Prieuré de Saint-Pierre et Saint-Ours à Aoste. Il mourut en 1630, saisi de la grande peste. Pierre-Léonard, par contre, se dédia à l’activité diplomatique en exploitant la conjoncture particulière qui favorisait, depuis plus d’un demi-siècle, la carrière des fonctionnaires d’origine valdôtaine. La présence constante de personnages valdôtains dans les hautes charges de la bureaucratie ducale était due à plusieurs facteurs. Il existait certainement entre eux une solidarité « de clocher », dérivant de l’appartenance à la même terre et à la même classe sociale (bourgeoisie et petite noblesse), mais jouait aussi en faveur de ces personnages le prestige acquis par la région pendant la dévastatrice guerre d’Italie, éclatée entre la France et l’Espagne dans la première moitié du XVIe siècle. La Vallée d’Aoste fut en effet la seule terre de l’Etat savoyard non occupée par les troupes françaises et ses fonctionnaires donnèrent preuve d’une remarquable habileté diplomatique, gouvernant la Vallée d’Aoste comme un véritable Etat indépendant, fait témoigné, entre autres, par les divers traités de neutralité stipulés (et fait respecter) avec la France. Grâce aux services diplomatiques rendus, Pierre-Léonard commença à recevoir du duc Charles-Emmanuel Ier des gratifications de plus en plus importantes qui lui permirent d'acquérir, en moins d’une décennie, d'importants fiefs en Vallée d’Aoste (moulins à Villeneuve, métralies à Morgex et La Salle, le fief entier de Châtel-Argent). Après le succès obtenu dans le Traité de Lyon (1601), Charles-Emmanuel Ier le récompensa en lui conférant la charge de premier secrétaire d'État (avril 1603) et l'anoblit en élevant au titre de baronnie les terres de Saint-Pierre, vendues à Roncas par les petits-fils de Jean Vulliet, endettés. Le puissant baron fut ensuite envoyé à Madrid avec la mission de ramener les deux fils de Charles-Emmanuel partis en Espagne dans l'espoir de se voir nommés héritiers de Philippe III, depuis longtemps sans descendants. À la naissance de l'héritier du souverain espagnol, les princes du Piémont durent s'éloigner sans offenser le puissant allié et Roncas fut chargé de l'entreprise, mission dont il s'acquitta à la satisfaction générale. Rentré au pays, Roncas vécut l'apogée de sa carrière pour ensuite tomber subitement en disgrâce. En 1608 le parti pro-espagnol de Turin fut ruiné par le renversement des alliances du duc, qui signa des accords avec Henri IV, roi de France. Pierre-Léonard Roncas fut arrêté et emprisonné pendant vingt-trois ans. Ses biens furent confisqués. C'est alors que commença la période la plus difficile et la plus fascinante de son aventure humaine et d'homme politique. Enfermé dans une cellule, privé de ses principales sources de revenus, il ne s'avoua pas vaincu et entreprit d'ourdir de subtiles et patientes intrigues pour reconquérir sa fortune perdue. Son action alla dans plusieurs directions: il obtint des prêts de banquiers milanais (qu'il "oublia" par la suite d'honorer), racheta peu à peu les biens confisqués, manœuvra une habile union politique pour son fils Pierre-Philibert (ce dernier épousa la petite-fille de Jean Fabri et devint à son tour secrétaire d’Etat aux finances et important financier de la Maison de Savoie), inonda le Duc de lettres lui rappelant ses compétences de conseiller indispensable. Il est significatif que Roncas, bien que jeté aux fers, put maintenir une correspondance suivie avec son seigneur jusqu’à sa libération, survenue en 1630. Cette singularité est due, au moins en partie, à la particulière conjoncture politique du moment : Roncas, qui s’était montré ami des Ligueurs français et homme fidèle à l’Espagne, drapeau de la Contre-réforme ; qui avait œuvré pour instituer un collège jésuite à Aoste et qui avait régularisé, à sa guise, l’arrivée des Visitandines dans le diocèse, paressait très résolu à favoriser l’action culturelle de l’Eglise au sein de la société de l’époque. Ce dernier aspect du personnage, encore peu étudié, lui valut avec toute probabilité, une considération toute particulière de la part du clergé. En effet, tandis que Pierre-Léonard risquait la condamnation à mort ses familiers accédaient aux plus prestigieuses charges du diocèse, autrefois apanage des familles de grande noblesse comme les Challant. Seul un groupe doté de solides appuis au sein de l’Eglise pouvait s’assurer un semblable succès. Les événements successifs vécus par Pierre-Philibert attestent l’existence d’intérêts communs entre celui-ci, l’Espagne et l’Eglise plaçant la famille Roncas parmi les principaux acteurs de la Contre-réforme en Vallée d’Aoste.

   
 
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