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HOMMES CELEBRES: Anselme Réan
Biographie
Anselme Réan
1855 – 1928

Anselme Réan peut être considéré comme l’un des protagonistes de la vie non seulement politique et culturelle mais aussi religieuse de son temps. Son engagement alla de la lutte en faveur de l’ouverture de l’Eglise aux problématiques sociales à la défense acharnée de la langue française. Réan naquit en 1855 dans une famille très distinguée de la bourgeoisie d’Aoste. Médecin pendant plus de quarante ans, il dédia une grande partie de son temps libre au service, à titre de bénévolat, dans plusieurs instituts de la ville. Elu plusieurs fois, et avec de brillants résultats , au conseil communal, il n’accepta cependant jamais la charge de syndic, préférant à celle-ci l’engagement pour la diffusion de ses idées, notamment à travers l’instrument de la presse. Réan, pendant sa jeunesse, se lia par de solides rapports d’amitié avec les représentants du catholicisme libéral (É. Bérard et F. Fenoil), et devint un défenseur convaincu de l’unité italienne. Malgré l’interdit explicite adressé par le Saint-Siège à tous les catholiques, il participa activement à la vie politique de son pays. En 1888 , avec Fenoil, il fonde et dirige Le Valdôtain, un feuillet d’inspiration catholique et moderne. Commence alors le combat contre le catholicisme intransigeant de la curie. Dans l’opuscule Les scandales du cléricalisme intransigeant (1892). il déplore que "le croyant doit voir marcher son Église non pas à la tête, mais à la remorque des grands novateurs et des apôtres de l'émancipation du peuple". Avec cet esprit, il se tourne sans préjugés vers le socialisme naissant, voyant là une doctrine qui semble "traduire en pratique les enseignements de l'Évangile". La pensée de Murri, fondateur de la première démocratie chrétienne, les écrits de Paul Naudet et surtout de Marc Sangnier, démocrates chrétiens qui, tout en se déclarant fidèles au dogme, ne veulent pas demeurer étrangers à la civilisation moderne qui a puisé précisément dans l'Évangile le meilleur d'elle-même, exercent sur lui une grande influence. Dans les dernières années du XIXe siècle, au milieu du grand enthousiasme qui régnait pour le développement des actions sociales, il partage les projets et les idées du groupe de Stévenin, des prêtres "sortis des sacristies" et engagés à répandre le "socialisme chrétien". En 1901, dans un célèbre discours, il présente le personnage de saint Anselme comme le précurseur de l'époque moderne, en ce qu'elle a de plus sacré et de plus enviable, c'est-à-dire les idéaux de justice, de liberté et de démocratie. L'interprétation, très originale, reçoit l'approbation des jeunes prêtres démocrates mais suscite la réaction violente de la partie du clergé "pour qui tout changement est périlleux et toute innovation, libéralisme condamnable et même hérésie pure et simple". La guerre religieuse déclarée aux laïques par un professeur du Grand Séminaire (toujours du1901) contient la très vive polémique entre Réan et le chanoine Pierre-Joseph Pession : celle-ci tourne autour d'un point crucial qui est celui d'identifier les causes de la douloureuse fracture entre l'Église et le monde moderne. Pour Réan, la cause de l'éloignement de la foi et de la pratique religieuse est à rechercher dans l'enseignement religieux diffusé dans les églises, au catéchisme et dans les familles. En 1906, en pleine crise moderniste, il fonde un véritable organe de presse qui aura cependant une courte existence : Le progrès. L'épigraphe du journal "Dieu et le peuple", "Tout pour le peuple-tout par le peuple" synthétise clairement les objectifs de Réan qui sont ceux des catholiques démocrates. Les auteurs cités sont Murri, Bonomelli, Fogazzaro, les "Sillionistes". Si, pendant la première partie de sa vie, l’activité de Réan fut principalement absorbée par le débat sur l’engagement des catholiques et le rôle de l’Eglise dans la société contemporaine, à partir de 1909, après l'échec du programme social et innovateur, son engagement se concentre sur l’autre pilier idéologique de l’époque: la lutte pour la défense du particularisme linguistique valdôtain et la poursuite de l’idéal régionaliste. Déjà en 1890, Réan, lors d’une séance du conseil communal de la ville d’Aoste, avait présenté une motion en faveur de la nomination d’un comité pour la défense de la langue française. Ce comité, émanation du même conseil, aurait dû, selon ses intentions, « s’étendre en dehors de son sein et même dans toute la Vallée ». En 1909, reprenant cette idée jamais abandonnée, il fonde, avec huit autres notables aostains, la « Ligue Valdôtaine » ( titre auquel s’ajoute, en 1912, celui de « Comité italien (!) pour la protection de la langue française » ). Cette association, dont il assurera la présidence, déploiera une myriade d’initiatives parmi lesquelles des publications, des propositions visant la réorganisation du système scolaire, des cours du soir de français ; sans oublier les nombreuses pétitions, parmi lesquelles nous rappelons la Pétition pour les revendications ethniques et linguistique de la Vallée d’Aoste, adressée au chef de la délégation italienne au congrès de la paix de Paris (1919) ainsi que celle du 1922, toujours en défense de la langue française, signée par quelque 7.700 chefs de famille. Au-delà des résultats tangibles de son action, Réan eut l’incontestable mérite de réunir autour de la Ligue, sous un programme commun et pendant une quinzaine d’années, les meilleurs représentants de l’élite laïque et religieuse de l’époque. Cet héritage sera repris, en 1925, par la « Jeune Vallée d’Aoste » de l’abbé Trèves et du notaire Chanoux. Entre temps, en 1919, Anselme Réan adhère au Parti Populaire Italien qui semble incarner la longue tradition autonomiste valdôtaine. Il s’en détachera cependant deux ans plus tard. Avec la montée du fascisme, Réan tombe victime de l’illusion que seul le régime fort et autoritaire conduit par le charisme du « Duce », chef éclairé, pourra enfin trancher la question et octroyer aux Valdôtains des dispositions qui reconnaissent leurs légitimes revendications. Ce sera précisément l’attitude de Réan à l’égard du fascisme qui finira par creuser un fossé infranchissable entre lui et la plupart des membres de la Ligue, notamment le jeune Chanoux, qui n’hésitera pas, en 1924, à qualifier Réan de « galopin électoral du fascisme ». Anselme Réan mourut à Aoste, en 1928, à l’âge de 73 ans.

   
 
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