Le Francoprovençal
Définition
C'est le fondateur de la dialectologie italienne, G.I. Ascoli, qui,
vers la fin du siècle passé, découvrit l'originalité
d'un groupe de dialectes gallo-romans qu'il appela francoprovençaux.
La définition de francoprovençal s'explique, d'après
Ascoli, par le fait que cette "langue" possède
des caractères qui sont communs au français et d'autres
qui sont communs au provençal, tout en manifestant son individualité
et son indépendance par rapport à la langue d'oïl
et à la langue d'oc.
Origine
Gaston Tuaillon a appelé le francoprovençal du proto-français,
en illustrant ainsi, d'une façon très nette, la réalité
des faits : il s'agit d'un français dans une phase très
primitive qui a refusé certaines innovations venant du Nord.
En effet, le francoprovençal a suivi d'abord l'orientation
des parlers du Nord et de son centre, Paris, en opposition aux parlers
du Midi mais, à partir d'un moment donné, il n'a plus
accepté les innovations linguistiques qui, en provenance
de l'Europe du Nord, déferlaient sur le domaine de la langue
d'oïl. Des faits historiques ont contribué à
la formation de cette langue: le domaine francoprovençal,
autour de l'axe Lyon-Genève et sous l'influence du centre
le plus important, Lyon, a vécu une phase de marginalisation
progressive. La séparation entre langue d'oïl et francoprovençal
aurait donc commencé à la fin de l'époque mérovingienne
ou au début de la carolingienne (entre les VIIe et VIIIe
siècles): à partir de ce moment, le francoprovençal
est demeuré conservateur, tandis que le français a
continué une évolution très poussée
du fait même des modifications démographiques qui se
produisaient en Gaule du Nord.
Evolution
L'origine et la destinée du francoprovençal ont donc
été étroitement liées au sort de sa
capitale historique, Lyon, capitale des Gaules et centre de rayonnement
linguistique. Le francoprovençal n'a jamais coïncidé
avec une entité politique, n'a jamais connu un moment d'unification,
n'a jamais possédé une koinè, c'est-à-dire
une langue commune, au-dessus des variétés locales;
cependant il est témoin d'une ancienne unité et la
fragmentation linguistique qui le caractérise ne remonte
qu'à la fin du Moyen Age, en même temps que Lyon perd
son rôle politique, ce qui permit à chaque région
d'évoluer librement. Il s'agit donc d'une langue qui se présente
sous la forme d'une myriade de parlers, et qui pour ça, d'après
Gaston Tuaillon, se trouve "à l'état dialectal
parfait". En d'autres termes, c'est une langue qui n'existe
que dans la grande variété de ses patois.
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