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A PROPOS DE NOS LANGUES: PATOIS

Où parle-t-on le francoprovençal ?
Les limites géographiques du domaine francoprovençal sont souvent difficiles à établir à cause aussi de l'absence d'une koinè et d'une tradition littéraire qui permettent à d'autres idiomes d'avoir des confins plus nets. Outre la Vallée d'Aoste, l'aire francoprovençale comprend grosso modo :
a) la Suisse romande, à l'exception du Jura bernois (les cantons concernés sont : Neuchâtel, Vaud, Genève, Fribourg et Valais);
b) toute la Savoie, le Lyonnais, le Dauphiné septentrional (Grenoble et Vienne), une partie de la Franche-Comté, le Bugey et la moitié méridionale de la Bresse;
c) sur le versant italien, dans le Piémont occidental, la Vallée de l'Orco, la Vallée Soana, les trois Vallées de Lanzo, la Vallée Cenischia, la moyenne et la basse Vallée de Susa et la Vallée Sangone. Le domaine francoprovençal concerne trois Etats et il est donc très différencié politiquement et dépourvu des caractéristiques propres à une nation; on lui assigne des frontières à titre de définition. Cela nous montre que les barrières naturelles ne représentent pas un obstacle pour la langue et les relations humaines. A titre de curiosité, les colonies de Celle di San Vito et de Faeto, dans la province de Foggia, sont, elles aussi, francoprovençales. L'installation remonte probablement vers la fin du XIIIe siècle et le début du XIVe et on pense que la région d'origine se situe à l'est de Lyon, en Bugey.
Les parlers valdôtains
La Vallée d'Aoste se trouve à la limite orientale du domaine francoprovençal et, comme nous l'avons dit dans notre histoire linguistique, elle a joui de conditions particulièrement favorables pour ce qui est de la conservation de son patrimoine linguistique dialectal. On ne peut pas parler du patois valdôtain, mais des patois valdôtains, car les variétés dialectales sont nombreuses; et parfois si différenciées qu'elles peuvent poser, en certains cas, des problèmes d'intercompréhension. On peut faire un macro-découpage de la région en deux aires linguistiques : la Haute et la Basse Vallée. La première est celle qui se rapproche le plus aux patois savoyards et valaisans (plusieurs cols, parmi lesquels les cols de la Galisia, de Rhêmes, du Mont, du Petit St-Bernard, de la Seigne, Ferret, du Grand St-Bernard, de la Crête Sèche et le col Collon, la relient à la France et à la Suisse ). Autour de la ville d'Aoste, on remarque aussi une influence du français, langue officielle. La deuxième est, d'une part, l'aire la plus conservatrice, celle qui possède les traits les plus archaïques, et de l'autre, celle qui a subi dans le temps une certaine pénétration du piémontais. Dans plusieurs communes de la basse Vallée, le piémontais cohabite avec le patois et en certains cas il l'a supplanté, notamment à Pont-Saint-Martin. Dans leur grande variété, les patois valdôtains s'insèrent dans le cadre des parlers francoprovençaux. Voici quelques exemples des concordances linguistiques avec les patois limitrophes, en opposition avec le français et l'italien.
a) Pour désigner les jours de la semaine le patois se sert de formations du type DIES LUNAE "jour de la lune", DIES MARTIS "jour de Mars", DIES MERCURI "jour de Mercure", DIES JOVIS "jour de Jupiter", DIES VENERIS "jour de Vénus" (deleun, demars, demicro, dedzoù, devèndro), contre le type LUNAE DIES, MARTIS DIES, etc. du français et de l'italien (fr. lundi, mardi, etc.; it. lunedi, martedi, etc.). Pour ce qui est du samedi, il faut remonter au latin populaire SAMBATI DIES pour le français et SAMBATI tout court pour l'italien tandis que pour le patois deussando/desandro il faut se référer encore une fois à la forme DIES SAMBATI. C'est "le jour du sabbat", jour de repos des juifs. Le patois demèndze, comme le français dimanche, remonte au latin DIES DOMINICUS "jour du Seigneur".
b) Pour désigner le printemps, le patois emploie le mot forié/fouryì etc. du latin FORAS .
c) Le patois utilise le mot tsalènde/tsalèndre etc., du latin CALENDAE , pour Noël qui, comme l'italien "Natale", vient du latin (DIES) NATALIS Sur le plan phonétique deux éléments surtout caractérisent les parlers francoprovençaux : l'accent variable et la double série grammaticale des noms qu'en latin appartenaient à la première déclinaison.
a) accent tonique : tandis que le français pose toujours l'accent sur la dernière syllabe des mots et l'italien sur l'avant-dernière, le francoprovençal se caractérise pour une accentuation variable. En d'autres termes, l'accent peut porter soit sur la dernière soit sur l'avant-dernière syllabe en modifiant ainsi même le sens du mot ( sondzon exprime la troisième pers. pl. du verbe rêver - ils rêvent - tandis que sondzòn est un substantif indiquant le sommet ou le bout supérieur de quelque chose).
b) déclinaison : dans tous les domaines du roman, de Lisbone à Bucarest, les continuateurs des noms et adjectifs féminins qui en latin se déclinaient sur ROSA ne forment qu'une série grammaticale ; en francoprovençal ils en forment deux (le terme fènna " femme " ne finit pas comme feuille " fille " et tchévra " chèvre " ne finit pas comme vatse " vache ").
FORAS, lit. "dehors", indiquait probablement la saison ou l'on sortait les vaches de l'étable.
CALENDAE, "calendes", chez les Latins étaient le premier jour de chaque mois et donc de l'année aussi. Au VIIIe siècle, le début de l'année fut fixé à Noël, d'où ce nom pour désigner la fête elle-même.
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