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A PROPOS DE NOS LANGUES:
PATOIS
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Le patois dans sa forme écrite
Les langues ayant une tradition écrite solide et codifiée,
utilisent un système d'écriture orthographique qui,
dans la plupart des cas, est le résultat d'un long procès
d'évolution et, parfois, de fusion même des différentes
variétés présentes à l'état oral.
Or, le patois valdôtain (qui selon les linguistes se trouve
à "l'état dialectal parfait") n'a qu'une tradition
littéraire relativement récente, remontant à
la deuxième moitié du XIXe siècle, lorsque le
" félibre valôtain ", J.B. Cerlogne, composa
ses premiers ouvrages (L'infan prodeggo -1855, Marenda a Tsesalet
- 1856, La bataiile di vatse a Vertosan - 1858). Sa tradition littéraire
relativement pauvre n'a donc pas permis la codification d'une graphie
" unique ", premier pas vers une koinè des différentes
variétés parlées dans toute la Vallée
d'Aoste. Dans le passé, le système mis à point
par Cerlogne a été sans doute le plus utilisé,
même si, au fil des années, il a fait l'objet de plusieurs
modifications et interprétations personnelles de la part d'autres
écrivains. En 1967 voit le jour le premier volume du nouveau
dictionnaire de patois valdôtain, premier de douze tomes publiés
par Aimé Chenal et Raymond Vautherin pendant quinze ans de
travail. Cette uvre, capitale pour la dialectologie valdôtaine,
utilise un système graphique que nous pouvons définir
traditionnel, même en lui apportant quelques innovations intéressantes.
Les fondements de ce système s'appuient sur le choix, déjà
effectué par Cerlogne, d'utiliser comme base de graphie les
règles de l'orthographe française, d'où la renonce
à représenter toutes les différences des patois
valdôtains qui, dans leur grande variété, se prêtent
mal à être reproduits par ce système graphique.
Pendant les années 70 une proposition originelle, concernant
le système de graphie du patois, a été formulée
par le théoricien du groupe politique des Arpitans, Joseph
Henriet : cette graphie, soucieuse surtout de différencier
le patois valdôtain (même du point de vue sémantique)
des autres patois voisinants, résulte, à nos yeux, trop
artificielle et, encore une fois, peu flexible. Elle n'a jamais connu
une large diffusion, même si continue d'être employée
par quelques écrivains, notamment en basse Vallée. La
dernière proposition en ordre temporel, est le résultat
d'un travail conjoint du Centre d'Etudes Francoprovençales
Réné Willien, de Saint-Nicolas, et du Bureau Régional
pour l'Ethnologie et la Linguistique (B.R.E.L.). La " philosophie
" de ce système consiste à simplifier, dans les
limites du possible, la lecture et l'écriture sans pour autant
renoncer à représenter toutes les nuances de la myriade
des variétés du patois parlé en Vallée
d'Aoste. Il utilise les automatismes de la langue française
et quelques graphèmes particuliers pour n'écrire que
ce qu'on prononce ; tous les symboles employés sont présents
sur un normal clavier d'ordinateur. Les systèmes traditionnels,
en unifiant les différents patois dans l'écrit, ne s'avèrent
pas de facile utilisation puisque l'interlocuteur doit, dans la plupart
des cas, recourir à une variété de patois (celle
des alentours d'Aoste ou, dans le cas de la graphie arpitane, de la
zone de Montjovet) qui n'est pas la sienne ; le système B.R.E.L.
permet en revanche de rendre dans l'écrit la langue parlée,
consentant ainsi d'utiliser son propre patois tout en pouvant lire
correctement celui des autres. Notre choix, motivé par la nécessité
d'avoir une graphie simple à lire comme à écrire
et dans la conviction que l'intercompréhension possible dans
le parlé le soit même dans l'écrit, s'est porté
sur le système mis à point par le B.R.E.L., adopté
avec succès, dans ces dernières années, aussi
pour les cours régionaux de patois.
Nous reportons, a titre d'exemple, un tableau comparé des deux
graphies les plus utilisées aujourd'hui en Vallée d'Aoste
: B.R.E.L. et Chenal - Vautherin |
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On pourra aisément
remarquer, dans la graphie élaborée par Aimé
Chenal et Raymond Vautherin, un certain nombre d'incohérences
:
Le
graphème " ts " est utilisé indifféremment
pour rendre le sons (
tsëca ) et le son ts ( tsan )
Le
sons ,
en position atone, est rendu tantôt par le graphème "
e " tantôt par " eu " ( repeublecca)
kan
( quand ), écrit par le B.R.E.L. " can ", selon Chenal-Vautherin
doit maintenir la correspondance morphologique avec le français
- ils utilisent en effet le graphème " qu " - cependant,
la consonne finale " d " est omise ( quan ).
Notre choix, motivé par la nécessité d'avoir
une graphie cohérente, simple à lire comme à
écrire et dans la conviction que l'intercompréhension
possible dans le parlé le soit même dans l'écrit,
s'est porté sur le système mis à point par le
B.R.E.L., adopté avec succès, dans ces dernières
années, aussi pour les cours régionaux de patois.
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