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PRESENTATION HISTORIQUE
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La résistance
Après une première phase très favorable aux nazi-fascistes,
en 1943 la guerre prend une tournure différente ; le 10 juillet
1943 les alliés anglo-américains débarquent en
Sicile et commencent à remonter la Péninsule ; le 8
septembre, avec la signature de l'Armistice et la création
de la république fasciste de Salò, l'Italie est divisée
en deux zones : le Sud contrôlé par les alliés
anglo-américains, le Nord par les fascistes et l'armée
allemande qui devient, " de facto ", force d'occupation.
A partir de ce mois on organise en Vallée d'Aoste aussi un
premier réseau de résistance antifasciste. Nous devons
cependant distinguer entre une résistance valdôtaine,
qui reconnaît en Émile Chanoux son chef incontesté,
et une résistance italienne, dirigée par le C.L.N.A.I.
(Comité de Libération National de la Haute-Italie) qui
agit en liaison avec les alliés anglo-américains. Chanoux,
déjà fondateur en 1925 de la " Jeune Vallée
d'Aoste ", apôtre inlassable de la cause valdôtaine,
avait par rapport à tous ceux qui oeuvraient en ce moment en
Vallée d'Aoste, l'avantage considérable de savoir parfaitement
où il voulait aller ; son objectif était clair : l'autodétermination
du peuple valdôtain. Il convenait simplement d'adapter le programme
aux évènements : d'un côté, il fallait
démolir l'Etat centralisateur, en le repensant sur une base
fédéraliste, la seule pouvant garantir un véritable
respect des différents peuples englobés dans l'Etat
(déclaration de Chivasso - 19/12/1943) ; de l'autre, comme
il savait très bien que l'aspiration à l'autodétermination
du peuple valdôtain n'aurait jamais été secondée
par les Italiens, il fallait poser la question valdôtaine sur
le plan international. Pour que cela soit possible, il fallait préparer
le terrain. Avant tout la résistance aux troupes nazi-fascistes
: cette résistance, qui devait aboutir, si possible, à
la libération de la Vallée par elle-même, devait
être une résistance valdôtaine, menée par
des Valdôtains avec des idéaux valdôtains. Cela
afin de légitimer, une fois le conflit terminé, une
requête d'autodétermination avancée par le peuple
valdôtain au sein de la conférence de paix, sur la base
de l'article premier de la Charte de l'Atlantique (cette charte, signée
par Roosevelt et Churchill le14 août 1941, invitait toutes les
nations à combattre pour la liberté contre les nazi-fascistes,
en promettant à tous les peuples, une fois le conflit terminé,
la reconnaissance de leur droit à l'autodétermination).
Il est clair qu'une pareille situation ne pouvait pas être tolérée
par les pouvoirs qui gouvernaient le pays : le Roi d'Italie, après
avoir perdu la guerre et l'Empire n'avait pas hésité
à céder aux alliés anglo-américains le
contrôle, non seulement militaire mais aussi politique et économique,
du Royaume, pourvu qu'ils l'aident à sauvegarder la seule chose
qui lui restait à sauver : l'intégrité territoriale
de celui-ci. Les alliés, d'autre part, n'étaient nullement
disposés à renoncer à la Vallée d'Aoste,
car elle possédait une richesse stratégique : les centrales
hydroélectriques. La grande industrie de la plaine du Pô,
maintenant sous le contrôle des intérêts alliés,
allait sortir à genoux de l'aventure de la guerre, et les centrales
valdôtaines devaient lui fournir l'énergie à bon
marché indispensable à sa reconstruction .
La libération confisquée
Ainsi le C.L.N.A.I., le Comité de Libération National
du Piémont (C.L.N.P.) et les partis " italiens "
commencent, dès le printemps 44, à prendre des contre-mesures
envers l'action régionaliste. Dans le journal du groupe Lexert
du 6 mai 1944 on lit : " il comitato centrale di Torino, causa
l'atteggiamento autonomista di Chanoux, ha tagliato i viveri
". En même temps, afin d'uvrer directement dans la
Vallée, on décide d'y transférer un groupe de
47 hommes des formations " Giustizia e Libertà "
(GL) qui quitte les vallées de Lanzo, en Piémont, pour
occuper la Vallée de Champorcher. Là ils sont rejoints
par un certain nombre de dirigeants des GL et du Partito d'Azione
(PdA). Leur objectif est celui de constituer un " comando della
valle (d'Aosta) inteso come comando generale della Dora Baltea
". Une tentative manifeste, en somme, d'assumer de l'extérieur
la direction de la résistance en Vallée d'Aoste en se
substituant à Chanoux. Les moyens de pression ne manquent pas,
à partir des financements qui avant étaient assignés
au comité d'Aoste et qui maintenant transitent par Champorcher.
Duccio Galimberti, commandant des GL en Piémont, écrit
que le comité aostain ne doit avoir aucune ingérence
ni dans le domaine militaire ni dans le domaine politique. Lorsque
le comité aostain essaie de contrecarrer les dessins du PdA
et des GL, Pedro, dans son journal, exprime son fameux jugement :
«è una manovra di ambiziosi che sembra però prendere
piede, perché fa leva sul sentimento campanilistico dei valdostani
che è solidissimo (perché i valdostani, com'è
noto, sono ignorantissimi )».
«Quello è più pericoloso di un fascista »
Cette phrase, prononcée par un représentant de la résistance
italienne (le comte Marone), à l'hôtel du Nord de Lausanne
en se référant à Chanoux, est symptomatique.
Elle exprime très bien l'attitude des résistants italiens
envers les revendications valdôtaines : puisque l'idéal
se répandait comme une traînée de poudre il fallait
recourir à des remèdes drastiques. Le 18 mai 1944 Chanoux,
dénoncé par un Italien de Bergame, Gandelli, qui servait
les liaisons entre les groupes maquisards en basse vallée,
en réalité un agent "taupe" des fascistes,
est arrêté, interrogé et torturé à
mort par la police fasciste. Par crainte d'une insurrection populaire,
la nouvelle de sa mort ne sera donnée qu'après les funérailles,
célébrés en toute hâte et en cachette à
Villeneuve. (A remarquer que le " partisan " Gandelli -
bien que jugé par une cour de justice italienne après
la guerre - ne fut jamais condamné pour avoir livré
aux fascistes le chef de la résistance valdôtaine, tandis
qu'un autre partisan, Vincent Trèves, disciple de Chanoux,
fut mis au secret pendant 32 mois pour le fait d'avoir lutté,
pendant la résistance, pour le rattachement de la Vallée
à la France). Malgré tout ça, les idéaux
autonomiste, séparatiste et, à partir d'un certain moment,
surtout annexionniste (à la France), continuent de prendre
pied. Des délégations valdôtaines sont envoyées
en France pour prendre contact avec les autorités transalpines
afin d'obtenir leur appui. A l'intérieur de la " Mission
des Alpes ", par la volonté du général de
Gaulle, est créé un détachement spécifique
chargé de suivre de près la situation valdôtaine
et de préparer l'action militaire : la " mission Mont
Blanc "
Présence française en Vallée
d'Aoste (28/29 avril - 16 juin 1945)
Initialement les alliés anglo-américains avaient refusé
aux troupes françaises le droit de pénétrer en
Vallée d'Aoste. Cela s'explique très bien en sachant
quels étaient les intérêts politiques et économiques
en jeu. Cependant le 25 avril les troupes françaises cantonnées
en Tarentaise et en Savoie reçoivent l'ordre d'entrer en Vallée
d'Aoste. Entre le 28 et le 29 avril l'armée française
franchit les cols : le Petit-St-Bernard à la Thuile, le Col
du Mont à Valgrisenche, et le Col de Rhêmes-Goletta à
Rhêmes, où la compagnie antichars se heurte aux alpini
- de ceux qui la veille encore combattaient du côté fasciste
et qui venaient se rallier in extremis aux partisans - envoyés
par le major Adam pour contrecarrer l'entrée des Français
dans la Vallée. La mission Mont Blanc, dirigée par le
docteur Voisin, établit son siège à Introd, à
l'hôtel Breuil, d'où elle déploie, en collaboration
avec le Comité Valdôtain de Libération (C.V.L.),
une intense activité diplomatique et de propagande pro-française.
25.000 fiches demandant une consultation populaire en faveur du rattachement
de la Vallée à la France sont distribuées à
autant de chefs de famille valdôtains ; en quelques jours 21.978
adhésions, soit 88% des fiches envoyées (ce qui représente
une très confortable majorité d'électeurs), sont
récoltées. Le 18 mai 1945, premier anniversaire de la
mort de Chanoux, une imposante manifestation est organisée
à Aoste. Pour l'occasion, une délégation du C.V.L.
présente au préfet Passerin d'Entrèves et au
major Howell, officier d'état-major britannique, la requête
officielle de plébiscite en vertu de l'article premier de la
Charte de Atlantique. Comme il est clair que la majorité du
peuple valdôtain se serait exprimé pour un rattachement
de la Vallée à la France, cette requête n'aura
jamais de suite. Au début du mois de juin, suite à l'intervention
directe de Truman auprès du général de Gaulle,
la France est obligée à retirer ses troupes cantonnées
en Vallée d'Aoste.
" L'autonomie bâtarde "
Le 7 septembre 1945, sous la pression de Federico Chabod qui souhaitait
bloquer les revendications séparatistes des Valdôtains
par le biais de quelques concessions de type formel, deux décrets-loi
italiens promulguent un statut provisoire accordant à la Vallée
d'Aoste " une espèce d'autonomie bâtarde qui replace
le pays dans la situation où il se trouvait en 1773 après
l'entrée en vigueur des Royales Constitutions
". Entre temps le centre de l'activité diplomatique en
faveur d'un libre plébiscite en Vallée d'Aoste se déplace
à Paris, où se retrouve un certain nombre de partisans
valdôtains qui ont abandonné leur Vallée avec
les troupes françaises. Des contacts sont pris avec toutes
les organisations d'émigrés valdôtains ; un "
Comité d'Action pour la Liberté de la Vallée
d'Aoste " est constitué au cours de l'hiver 1945. Ce comité,
en liaison permanente avec des notables valdôtains, organisera,
pour le 26 mars 1946, à Aoste, une deuxième imposante
manifestation en faveur du droit à l'autodétermination
du Peuple Valdôtain. A la veille de la manifestation, pour essayer
d'empêcher que l'évènement jouisse d'un écho
international, les journalistes français, venus exprès
de l'Hexagone, sont arrêtés par les carabinieri italiens.
La manifestation aura cependant une très bonne réussite.
Malgré cela, malgré les résultats de la Conférence
de Londres qui rangeait la Vallée d'Aoste parmi les zones ayant
droit au plébiscite, malgré l'intense activité
déployée par le Comité d'Action auprès
des ambassades siégeant dans la capitale lors de la Conférence
Internationale de Paix, qui se tiendra à Paris le mois de juin
1946, aucune des 21 délégations ne plaidera en faveur
du droit de la Vallée d'Aoste à une garantie internationale.
Cela est dû d'une part à l'action diplomatique du Vatican,
contraire à une reconnaissance internationale de la Cause Valdôtaine
vue comme un attentat à la souveraineté territoriale
italienne; d'autre part à une injustifiable ambiguïté
de certains dirigeants de l'Union Valdôtaine d'Aoste, et notamment
Sévérin Caveri, qui, au moment décisif, se défilèrent
face à une requête précise de la Nouvelle Zélande
qui, seule, s'était déclarée disponible à
en soutenir la cause. Le 26 février 1948, à Rome, est
votée la loi constitutionnelle italienne N.4 portant sur "
Statuto speciale per la Valle d'Aosta ". " C'est ainsi que
vit le jour le statut Constitutionnel, calqué sur les décrets
de 1945, moins précis et explicite que ce dernier sur les fondements
ethniques de la minorité. Sa seule garantie était liée
à la durée de la Constitution, c'est à dire,
liée à l'évolution de l'opinion majoritaire de
l'ethnie dominante
". |
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Les alliés, en outre, et notamment F.D. Roosevelt, éprouvaient
une féroce antipathie pour le général de Gaulle
et n'étaient nullement disposés à seconder
ses vues sur notre région
Traduction :
le comité de Turin, à cause de l'attitude autonomiste
de Chanoux a coupé les ravitaillements
Traduction :
poste de commandement de la vallée (d'Aoste), à considérer
comme commandement général de la Doire Baltée
Traduction :
il s'agit d'une manuvre d'ambitieux qui semble cependant prendre
pied car elle agit sur l'esprit de clocher des Valdôtains
qui est très solide ( car les Valdôtains, on le sait,
sont très ignorants)
Traduction :
Cet homme là est plus dangereux qu'un fasciste
René
Cuaz-Chatelair, Le naufrage du Vallée d'Aoste francophone,
La pensée universelle - Paris 1971
René
Cuaz-Chatelair, Le naufrage du Vallée d'Aoste francophone,
La pensée universelle - Paris 1971
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