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REVUE DE PRESSE
11 NOVEMBRE 2004
 
LE DROIT, POUR TOUS, D'EXISTER
Etienne Andrione
Le 11 novembre dernier, Esprit Valdôtain a proposé une conférence-débat avec M. Mario Mauro, Vice-président du Parlement européen et grand connaisseur, entre autres, des problèmes des minorités linguistiques. L’organisation n’en aurait pas été possible sans la coopération de M. Ego Perron, Président du Conseil régional, qui l’a présentée, de Mme Teresa Charles, Assesseure à l’Education, qui l’a introduite, et de M. Antonio Fosson, Assesseur à la Santé, qui a modéré le débat et, avant même, nous a mis en contact avec M. Mauro. Que tous soient ici remerciés vivement et publiquement pour leur disponibilité et, disons-le, pour leur courage. Car le sujet de la conférence, on s’en doutait peut-être, a été la liberté d’éducation. Cet été, en recrutant dans une seule communauté de montagne (Grand-Paradis), Esprit Valdôtain a réuni 55 enfants pour quatre semaines de formation en immersion, en langues française et francoprovençale. Un franc succès, dû à l’engagement de plusieurs bénévoles, dirigés par Roberto Cunéaz et Daniel Fusinaz. Un succès - que nous espérons répéter cette année en étendant l’initiative à d’autres Communautés - qui prouve qu’une demande, fût-elle minime, existe pour ce type d’éducation. On nous avait par le passé traité, au mieux, d’idéalistes incurables parce que nous réclamions pour une minorité qui veut survivre le droit à l’enseignement en sa langue. En réalité, parce que nous soulignions l’état d’épouvantable inadéquation de notre région - pourtant jadis à l’avant-garde - par rapport aux standards européens en matière de respect de la différence linguistique. Il semble qu’aujourd’hui des sensibilités plus respectueuses et clairvoyantes mesurent enfin que de reconnaître à tout un chacun le droit d’exister n’ôte rien à personne et constitue en revanche la preuve d’une société adulte et équilibrée : nous ne pouvons que les assurer de notre estime. Déjà le fait de pouvoir discuter de ce sujet tranche heureusement avec certaines pratiques obscurantistes du passé. La réalisation d’une école minoritaire en langue française, où l’on apprendrait obligatoirement l’italien et une autre langue européenne, et facultativement le francoprovençal, constituerait, elle, une avancée qui améliorerait décidément le bilinguisme scolaire. Promu dans les années 70 par la regrettée Mlle Viglino, il nous semble cependant qu’il devrait être aujourd’hui repensé, tellement notre Pays, dont l’italianisation est pratiquement parachevée, a changé : l’application du Statut spécial peut et doit passer par d’autres instruments, beaucoup moins coûteux et nettement plus performants. Qu’on nous le laisse alors dire ici ouvertement, sans polémique aucune à l’égard de qui que ce soit : le système actuel, basé sur l’imposition et des pratiques didactiques inefficaces (on sait aujourd’hui qu’il n’y a que l’immersion qui marche vraiment, et, encore, à condition que les formateurs soient de langue maternelle) arrive sans surprise à irriter la grande majorité, sans fournir à ceux qui le voudraient la possibilité d’une véritable maîtrise de la langue. Le tout pour des coûts qui sont, c’est connu, absolument faramineux par rapport aux résultats obtenus. En réalité, on peut dire que l’introduction d’une école en langue résoudrait le « problème » du français en Vallée d’Aoste, de la façon la plus intelligente et élégante qui soit : le libre choix. Ceux ou celles qui nous aideront à faire de façon que les langues historiques valdôtaines puissent survivre, et ce dans des conditions qui ne pénalisent personne, entreront de plein droit dans l’histoire de notre Vallée comme les auteurs de la plus importante réforme sociale, avant même qu’éducative, depuis 1916. Quand, si ma mémoire ne m’abuse (si c’est le cas, je demande d’avance pardon), les titres décernés par le Collège de Saint-Benin perdirent leur reconnaissance légale. Il y a loin de la coupe aux lèvres, et nous savons bien que soixante ans d’attente ne s’effacent pas d’un coup. Néanmoins, nous ne désespérons pas, par une pédagogie patiente et minutieuse, de convaincre même nos adversaires que vingt ou trente enfants fréquentant une école en langue, de laquelle ils sortiront en connaissant effectivement au moins trois idiomes, ne sont pas une menace pour la stabilité de la Vallée d’Aoste. Ils sont une opportunité pour son développement et, avant même que de racisme, se rendrait responsable de cécité celui qui s’y opposerait. Car ce qui attend l’Europe, notamment les vagues massives d’immigration qui vont y déferler et qui ne s’arrêterons pas à Pont-Saint-Martin, impose plus que suggère à tout un chacun de laisser tous ceux qui le veulent s’enraciner ou s’enrichir le plus possible. Il nous reste à remercier derechef les responsables politiques qui nous ont accompagnés dans cette démarche, ainsi que la rédaction du « Peuple » pour avoir hébergé notre intervention. Nous tenons, au passage, à féliciter particulièrement M. Perron, qui s’est publiquement engagé à porter en Vallée d’Aoste TV5, la chaîne francophone internationale : c’est la première fois, depuis un quart de siècle et la retransmission de France 2 et de TSR, que l’on se penche sur la nécessité d’augmenter l’offre audiovisuelle en français (la Vallée d’Aoste est par exemple la seule région officiellement francophone où aucune radio n’émet en langue). Dans l’espoir, donc, que l’on passera de la parole à l’acte, et de l’acte au constat que le danger n’est pas dans l’action, mais dans l’immobilisme, nous invitons toutes les Valdôtaines et tous les Valdôtains, quelle que soit leur langue, à croire qu’un futur meilleur et harmonieux est possible. A’ condition d’y croire et de le bâtir avec nos mains.
 
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